L’histoire

Une histoire que nous connaissons peu, même si nous savons qu’il était hors de question pour une femme bourgeoise d’allaiter son enfant, on connaît moins ce côté nourrices, véritable industrie, trafic sur le dos des femmes qui profite à certains hommes qui mettent en contact l’offre et la demande. Ces hommes prennent un pourcentage sur les transactions, font du chantage . Comment les qualifier ? Des proxénètes, assurément.

Dans ce village comme dans beaucoup d’endroits de la France rurale, les femmes tirent un revenu en vendant leur lait.

Deux options :

-Se placer en ville dans la famille du bébé, un emploi mieux rémunéré, mais il s’accompagne de la souffrance de devoir sevrer ou abandonner son propre nourrisson à une autre femme.

– Prendre des nourrissons à la campagne.

Dans un village perdu, Andoche est bûcheron, son épouse Sylvaine vend son lait pour se sortir de la pauvreté, elle a accueilli chez elle une petite fille, dès qu’elle a sevré son petit garçon. C’est une petite fille chétive, qui semble avoir du mal à survivre… Une nuit où Séverine traverse la forêt, elle trouve un nouveau-né abandonné dans une clairière. C’est une fille, et il y a près d’elle un carnet qui raconte son histoire. Séverine la ramène à la maison, au grand mécontentement de son mari, qui la voit nourrir un enfant sans être payée…

Des textes poétiques et fantastiques qui magnifient le rôle de la maternité, ce miracle de la vie.

Mais voilà que la petite fille de la ville meurt, Séverine et son mari sont horrifiés, car c’était son premier nourrisson, et sa réputation va être ruinée. Alors leur passe une idée folle par la tête. Remplacer la petite fille décédée par le nourrisson trouvé, elles sont si petites, personne ne verra rien.

La langue de l’auteur est crue et sensuelle, elle nous décrit l’existence sans pitié que mènent ces femmes, confrontées à la réalité de la vie, de cette bataille qu’elles livrent entre leur corps et leur instinct entre avortement, blessures physiques et psychologiques.

On y croise Faustine malade, dont le mari viole des gamines, la vieille Margot et son savoir ancestral.

Et toujours dans une nature enchanteresse, vivante dans ses mystères, avec ses forces bienfaisantes et malfaisantes de la nature, avec des visions d’apocalypse ou de paradis.

C’est un roman qui remue, qui met mal à l’aise, qui dénonce encore et toujours l’exploitation du corps des femmes, même dans ce qu’elles ont de plus précieux, leur maternité, leur instinct maternel, l’amour des enfants. Il leur reste la sororité.

Un récit fabuleux à la Lauren Groff, j’ai adoré, mais certains lecteurs sont rebutés par le style animisme et ses petits génies sortis de la vitalité des éléments et de la flore.