L’histoire

L’histoire ne m’a pas fait vibrer jusqu’à la première centaine de pages, une belle écriture, mais le destin de Marie Ernestine ne m’apporte rien. L’histoire démarre lorsque Florentin, le professeur de piano apparaît chez la grand-tante Caroline.

Firmin a toujours fait confiance à sa fille, il lui a acheté un piano à la fin de ses huit ans de pensionnat.

L’auteur nous fait découvrir une grande maison vide, hormis la présence de ce piano. Il y recherche la Légion d’honneur de son arrière-grand-père. Entre souvenirs et fiction, il décortique l’histoire de sa famille dans la première partie du XX siècle, les guerres et la série de drames qui ont provoqué la chute de cette famille.

Firmin a tout pensé pour sa fille Marie-Ernestine dite -Boucle d’or-.

Alors qu’elle rêvait à son émancipation d’amour avec Florentin Cabanel, et croyait intégrer le conservatoire de musique, elle apprend que le père a négocié son mariage avec le gros Jules, paysan, sans finesse et aux manières grossières. Le monde de la jeune fille s’effondre, mais on ne contrarie pas le Père.

Un récit ponctué par deux guerres, pendant lequel se joue le destin des ancêtres qui font tout pour arriver à se faire une place dans la petite bourgeoisie provinciale et réussissent, accumulant scierie, fermes, terres, lacs et troupeaux au détriment des sentiments. Firmin a souhaité protéger sa famille et son domaine et pour lui, seul Jules, le jeune homme amoureux de sa fille en est capable.

C’est par les femmes que nous allons suivre cette épopée, malgré les apparences qui semblent donner le beau rôle aux hommes.

Un sens pratique et des mots crus de la mère expliquent à sa fille la débrouillardise de la vie des femmes et leur sexualité.

Derrière Firmin il y a Marie Jeanne, puis leur fille Marie Ernestine et son époux Jules, et enfin leur fille Marguerite, la grand-mère de l’auteur, qui par trop de souffrances détruira sa vie en entraînant les autres avec elle.

Marie-Ernestine, la princesse Boucle d’or à qui on a répété qu’elle était fragile l’a cru, elle est incapable de travailler aux champs et de s’occuper de sa fille, elle reste musicienne. Son effort de guerre est d’abandonner les musiciens allemands.

Drames, déceptions, blessures et douleurs intergénérationnelles mises en lumière par Florentine, une psychologue inquisitrice, révélant un désamour confinant à la haine des mères pour leurs filles. Une ultime spoliation fera de l’auteur et de sa sœur les héritiers de la seule maison, alors qu’il y avait tant d’autres biens.

La grand-mère qui n’avait jamais eu droit au chapitre, même pas à un prénom devient un chef de famille avisée et respectée qui gère d’une solide main de maître, les différentes entreprises. Jeanne-Marie Florabelle meurt à 73 ans en 1933. La petite Marguerite, enfant seule, méprisée par sa mère, se retrouve abandonnée à sa solitude.

Attention à l’embarquement dans ce roman, tous ces mots précis, toutes ces pensées intenses qu’on garde sont décortiquées et révélées au grand jour, ils cisaillent le récit permettant à chacun de s’ y reconnaître et ratiociner.

Et vous avec, je l’espère pour un coup de cœur Goncourt magistral.