L’histoire
OTOK, île croate de l’archipel de Zadar.
J’ai retrouvé avec plaisir une région que je connais bien, avec cette sensation que là-bas, la mer ressemble à un lac, ce n’est pas l’infini de nos berges, mais devant, derrière, des berges d’autres îles.
Tito avait rassemblé plusieurs peuples aux origines différentes en Yougoslavie avec une langue commune, le serbo-croate.
Depuis l’éclatement, les différences sont cultivées, les serbes, les Croates ont repris leur vocabulaire, en étudiant l’onomastique, avec l’étude des noms propres et des lieux-dits.
Sans doute, un peu compliqué pour la narratrice de comprendre ce père mutique. Immigré balkanique, il a vécu tant de choses qu’il garde son passé en tête, racisme, guerre.
En venant sur cette île, elle tente de se rapprocher de son histoire, il devait être de là, lui l’apatride qui n’a jamais trouvé sa place, éternel étranger dans un monde qu’il n’a pas pu apprivoiser, tout au moins elle se l’imagine comme cela… Elle décide peu à peu d’y creuser ses racines, de se faire adopter par les habitants, presque tous pêcheurs. Seules les olives viennent concurrencer ou compléter le commerce des poissons. On peut lire ce roman en se focalisant sur cette île, où il paraît régner une grande joie de vivre, une harmonie entre les êtres et les choses, qui se comprennent sans trop parler, ils sont soudés et il est difficile de vraiment pénétrer leur monde et devenir l’un des leurs. Tout en paraissant très ouverte et accueillante, cette population se ferme lorsqu’il faut accorder du crédit aux nouveaux venus. Les différentes forces d’occupation ont enfermé la confiance des uns et des autres.
L’état d’Oustachi, fasciste croate occupé par le Reich, les forces d’occupation magyares, des milliers de personnes et de familles fusillés et jetés dans le Danube, ,d’autres forcés de marcher sur la glace avant d’être rattrapés, le raid de Novi Sad en 1942,, massacre perpétré par l’armée hongroise.
Chacun a son histoire et sa méfiance en tête, qu’il soit Slovaque, Hongrois, Croate, Serbe, bulgare, roumain, moldave ou ukrainien. Il est préférable de se taire.
Journaliste, elle observe leur quotidien, leur nostalgie, leurs codes et leur façon de fonctionner les uns par rapport aux autres, il y en a qui sont toujours restés là, d’autres qui sont partis, plus ou moins longtemps, mais tous sont revenus, car cette île a quelque chose de magique, il semble qu’elle seule peut leur offrir la plénitude…
Les langues et les dialectes se croisent, s’opposent, car les mots ont leur ancrage, mais évidemment, tout le monde se comprend.
Nous avons de magnifiques descriptions de paysages, de mer, du vent et de ses colères, des oiseaux, du temps et des saisons qui passent, même la mort possède une poésie de légère tristesse, on baigne avec bonheur dans un récit poétique.
C’est le style de roman rencontré cette année avec des personnages qui ont vécu tant de guerres, de bouleversements culturels et dépaysements géographiques.
Ce qui rend leur lecture plus compliquée pour ceux qui ne connaissent pas leur histoire, ici, l’histoire des Balkans.
Les auteurs se cherchent et tentent de comprendre leur propre multiplicité.


