L’histoire

PRIX GONCOURT

La littérature ausculte le passé, le présent, voyage d’un pays à l’autre et divulgue la connaissance et le savoir. C’est son droit.

Néanmoins, j’ai eu du mal à lire ce roman le soir, j’en faisais des cauchemars.

L’égorgeur n’a pas fait son travail jusqu’au bout.

Aube, la petite fille presque muette, qui a été égorgée, vit avec une canule pour respirer dans son « sourire », balafre qui va d’une oreille à l’autre, laissée par le couteau de l’égorgeur.

Sauvée de justesse, Aube doit sa vie à Khadija, sa mère adoptive, qui l’a recueillie mourante, et qui l’a accompagnée de son petit village perdu jusqu’à l’hôpital d’Oran, se battant comme une tigresse pour qu’elle vive.

Et vingt et un ans plus tard on les retrouve, toujours ensemble, Khadija est avocate, Aube toujours muette.

Elle tient un salon de coiffure et essaie de s’émanciper dans un monde au système patriarcal, qui a mis sous une chape de plomb cette guerre civile qui a duré 10 ans, et où elle est morte et ressuscitée le 31 décembre 1999.

Khadija a entendu parler d’un chirurgien qui pourrait redonner vie aux cordes vocales détruites de sa fille. Elle prend un avion pour Bruxelles, mais c’est encore une déception qui l’attend.

Pendant ce temps l’étau se resserre autour d’Aube, la rescapée sans filtre. Son salon de coiffure situé en face de la mosquée devient de plus en plus une injure aux yeux d’Allah, et surtout des hommes.

Pendant la semaine de l’Aïd, l’Imam réussit à libérer la colère des fidèles qui vont détruire le salon d’Aube, reproche permanent de la guerre civile.

Porter plainte ? Elle n’y croit plus… Et puis elle cache un secret, elle est enceinte. Garder cet enfant qui grandit en elle ? Dans ce pays où une femme n’a aucun droit. Que celui de se taire et mourir . Surtout qu’elle n’est pas mariée.. Elle arrive à se procurer des pilules abortives, mais avant de les avaler elle veut retourner dans son village natal, pour demander conseil à sa sœur morte Taïmoucha si elle doit laisser vivre ou mourir cet enfant en elle.

Commence alors un long voyage initiatique, où elle perd sa voiture, se fait agresser, mais est sauvée par un chauffeur, Aïssa, le libraire qui promène son camion rempli de livres de cuisine et de paroles du Prophète.

Lui aussi doit oublier ces 10 ans de guerre civile, alors il sillonne interminablement la même route, racontant à tous ceux qui veulent bien l’écouter ce qu’il n’ a plus le droit de dire tout haut, et il roule, roule se racontant ses souvenirs pour ne pas oublier.

Aube arrive dans son ancien village, où les découvertes seront dures à assumer, où elle va perdre ses illusions, où son impuissance de femme dans ce pays muselé et dédié à Allah prendra encore plus d’importance, mais elle aura ce merveilleux cadeau de voir les choses dramatiques qui lui sont arrivées reprendre leur vraie place dans un bel équilibre. Elle ouvre les yeux sur la vérité.

Comment mêler autant de poésie et de délicatesse avec autant d’horreurs et de faits insoutenables, entre la barbarie et l’injustice les plus épouvantables, qui durent et durent encore tant que les islamistes auront le pas sur les véritables croyants.

C’est le combat et le talent de l’auteur d’éclairer notre chemin et notre réflexion, comme il le fait avec son héroïne. Néanmoins, beaucoup de longueurs dans ce voyage.

Le cœur ne peut que pleurer, et saigner avec celui de toutes ces femmes sacrifiées au nom de quoi ? de qui ? Dieu, Allah ou tout autre n’a jamais demandé cela. Les hommes guidés par la peur n’ont trouvé que ce moyen là pour se croire les plus forts…Illusion sanglante, et jusqu’à quand ? 

31/12/1999, summum 1000 morts en une nuit.

Interdiction de parler de cette guerre civile des années 90 ; une guerre de terreur où les émirs brûlaient des enfants, des bébés dans des fours de cuisine, éventraient des femmes, coupaient des têtes.  Il est bien de regarder le passé en face, mais doit-on toujours gratter ce qui est cicatrisé ?

En 2005, Promulgation d’ un Jour de pardon et de réconciliation