L’histoire

Prix Grenette 2025

Chine, 15e siècle. Des palais des Grands Mings à la cité interdite, on découvre les quatre étapes de la vie d’une jeune femme, de ses jours de lait à ses quinze ans, jours d’épingles à cheveux, suivis des jours de riz et de sel avant d’atteindre les jours de tranquillité.
Dame respectable est la mère de Yunxian et la première épouse du préfet Tan. Elle est responsable des enfants et des concubines.
Un statut qui passe par le rituel de soin des pieds bandés, des os déplacés pour créer l’illusion d’une fleur de lotus. Lors de mes lectures de jeunesse, (Pearl Buck) je pensais qu’on stoppait la croissance du pied, je découvre dans ce roman l’atroce vérité du poids des traditions. Des coutumes d’un autre temps avec les dommages collatéraux du bandage qui affaiblit les muscles et rend la marche compliquée.
Les femmes de haut rang ne peuvent faire plus de trois pas en dehors de l’enceinte, tout est codifié et laisse peu de place à la liberté de ces femmes condamnées à leurs rôles de génitrice (et de préférence avoir un héritier mâle sous peine de se voir éclipser par une concubine)
Dame respectable en meurt à 28 ans. Le docteur masculin ne peut l’ approcher et découvrir l’infection dont elle est atteinte.
Le Père doit s’absenter à Beijing afin de passer ses examens impériaux. C’est Demoiselle Zhao, sa concubine, qui va accompagner Tan Yunxian, 8 ans, la fille de Dame Respectable chez Grand Père Tan et Ru la grand-mère paternelle.
Demoiselle Zhao, sait lire et écrire, elle a étudié les classiques et a été achetée par une maquignonne pour devenir concubine. Elle a donné un fils au Père, Yifeng
Ru est médecin de grande réputation et femme de caractère, de même que le grand-père, les fils sont de hauts lettrés, et notre petite Yunxian se retrouve élevée et formée à la médecine par ce couple d’érudits alors que sa mère vient de mourir à cause de l’infection de ses pieds.
A quinze ans, la jeune fille épouse l’homme qui lui a été désigné, elle déménage donc dans la famille de son mari, mais peut bénéficier de la présence de son amie d’enfance, fille de la sage-femme et sage-femme elle-même. Elle aura du mal à faire sa place auprès d’une belle mère plus maladroite que maltraitante, d’autant qu’elle commence par accoucher de filles. Il faudra attendre son passage à la cour de l’impératrice, qui l’a appelée auprès d’elle, séduite par sa réputation, et celle de Meiling, son amie sage-femme, pour accoucher enfin d’un garçon.
Peu à peu elle va sortir de sa coquille, se révéler, faire ses choix envers et contre tous, et devenir ainsi une femme qui pourra s’inscrire dans la longue lignée de celles qui ont lutté pour l’indépendance féminine.
Un grand roman historique, très poétique inspiré de l’histoire de Lady Tan, dont la lutte résonne encore aujourd’hui. Difficile aujourd’hui de comprendre ce respect inconditionnel des traditions qui engendre solidarité, amitié et jalousies et manigances.
Les explications de fin de livre me renseignent sur la somme des difficultés de recherches que l’écriture de ce roman a nécessité pour cette auteure pugnace.