L’histoire
En Syrie, dans le contexte du Printemps arabe, des manifestations pacifiques ont lieu en faveur de la démocratie contre le régime dirigé par le président Bachar-El-Assad.
Salama a 18 ans, elle vient de terminer sa première année de pharmacie, elle vit heureuse avec ses parents Baba et Mama, et son frère Hamza, dans son quartier de la ville de Homs.
Mais le malheur la frappe durement. Baba et Hamza sont enlevés au cours d’une manifestation soutenue par l’Armée Libre Syrienne. Mama meurt dans un bombardement. La voilà seule, réfugiée dans un immeuble à moitié détruit avec sa belle-sœur Layla, enceinte.
Sa vie va se partager entre l’hôpital et sa belle-sœur.
Dans son bénévolat à l’hôpital, elle se dévoue corps et âme et même au-delà, jusqu’au bout de ses forces, auprès du Docteur Ziad et des malades, elle va apprendre à soigner et même à opérer. Comment faire lorsqu’il n’y a plus personne ?
Mais qui est ce Khawf avec qui elle discute, depuis son choc à la tête lors du bombardement où Mama a trouvé la mort. Cette voix souhaite qu’elle prenne la fuite, et mette Layla à l’abri.
Subconscient ou hallucinations ? Est-il le seul personnage enfanté par son esprit pour se protéger de l’horreur ? Cela permet d’entrer dans les états d’âme de Salama, ses peurs, ses envies, ses tourments, ses arrachements.
À force de harcèlement, et pour protéger sa belle-sœur, Salama construit peu à peu son départ, partagée entre le remords d’abandonner ses malades, son pays, ses morts enterrés à Homs, et le besoin de protéger la seule famille qui lui reste.
Kenan, vient voir sa petite sœur, c’est un jeune homme de 19 ans qui prend des risques, il filme les événements qu’il poste sur les réseaux sociaux pour informer le monde de ce qui se passe en Syrie, il entre dans la vie de Salama. Ils vont tomber amoureux, malgré tous les restrictions et interdits imposés par la société musulmane. Pourtant et malgré tout, ce sera son sauveur et son ancre au cours des mois terribles qui les attendent.
Arriveront-ils à quitter leur pays pour se mettre en sécurité le temps que les choses s’apaisent ?
Écouter les médias, nous livre des informations brutes, disparates, pas toujours aisées à comprendre. Un focus et on passe à autre chose.
Malgré les données de la TV et la presse, j’avoue que je n’avais pas compris grand-chose dans l’histoire des belligérants de Homs, je ne savais plus qui étaient les méchants, je suis tombée un peu de haut en voyant ces prisonniers mutilés lors de l’exil en Russie de Bachar-El-Hassad, appelé le boucher de Damas, lorsque les rebelles islamistes du groupe Hayat Tahrir Al-Sham le chassent du pouvoir.
Un beau témoignage de l’auteure aux racines syriennes, dans la mise en lumière de ce régime sanglant qui a tué, emprisonné ou torturé des centaines de milliers de Syriens.
Un roman qui tient en haleine jusqu’au bout avec le bateau de pêche qui coule alors qu’il n’a pas de canots de sauvetage. Entrer dans un roman en même temps que les personnages, c’est avoir peur avec eux, vivre leurs tourments, leurs traumatismes. Une écriture fluide, mais sans concessions, rien ne nous est caché.
Kenan m’a attendrie avec sa découverte de la chevelure de Salama lors de sa nuit de noces. Un bel amour où chacun s’épaule.
On lit ce roman de guerre et d’amour avec émotion, dans l’odeur des citronniers, et l’odeur de citron de Kenan qui se parfume avec l’eau de toilette de son père, et dont Salama respire le parfum comme l’essence même de l’amour, et de l’espoir.


