L’histoire

Immergée dès le prologue au cœur d’une période terrible où les japonais restent fidèles à leur cruauté et où les femmes paient le plus lourd tribut lors de cette histoire mouvementée.

Heureuse d’être née en France au 20e siècle.

Une œuvre de fiction historique comme j’aime.

Je resitue l’époque. Ce roman commence dans les années 30 et s’étale jusqu’à notre époque.

En 1945, après la reddition du Japon, les États Unis se partagent l’occupation de la péninsule coréenne. Le Nord communiste et le sud avec son gouvernement pro-américain.

Le 38e parallèle est la frontière politique entre les deux états coréens.

Cocos contre capitalistes !

Madame Lee Sae Li s’improvise biographe et propose aux résidents de la maison de retraite d’écrire eux-mêmes leur nécrologie. Dans le pavillon Alzheimer, Mook Miran, dotée d’une vive intelligence a presque cent ans, une mémoire dynamique sans faille, elle demande à l’écrivaine de raconter sa vie improbable d’aventurière.

Pour résumer son existence, elle décline son identité sous huit facettes. Une des facettes est cette aventure de nécrologie, les sept autres sont comme autant de nouvelles dans cette Corée déchirée.

Esclave, reine de l’évasion, meurtrière, terroriste, espionne, amante et mère.

On comprend rapidement que cette femme intelligente a dû se transformer en caméléon pour survivre et passer dans les mailles du filet.

Les identités changeantes, les cultures plurielles dévoilent la haine, la violence, la mort, la maladie, l’espionnage et le contre-espionnage dans les sociétés traversées.

L’occupation japonaise a redessiné la société.

La mère de Mook Miran est une chrétienne cultivée, obligée d’épouser un ivrogne pour être à l’abri, la petite fille mange de la terre. Des cours d’anglais, de français auprès d’un missionnaire canadien dans un milieu sans ouverture d’esprit. Le père est hostile et fait exorciser sa fille par un chaman. Il réduit sa femme au silence par la violence. En Corée du Nord, la société reste close, il faut avouer ses faiblesses et ses torts envers le régime régulièrement. Le chef suprême est le seul Dieu.

Les japonais attirent les jeunes filles affamées dans des camps de travail. On leur attribue un nouveau nom et Elles se retrouvent dans la maison du réconfort en Indonésie. Une maison imprenable où même les prépubères doivent réconforter cinquante soldats par jour jusqu’à deux cents le week-end. Pas le choix, il faut obéir sinon les brûlures de cigarettes, les coups pleuvent, les utérus sont arrachés à vif lorsqu’elles sont enceintes. Heureusement, la nuit, il y a les fictions et les histoires partagées et la rencontre avec Yongmal femme cultivée enlevée sur le marché adoucit l’enfer.

Tout cela s’arrête lorsque la Maison tombe en ruines sous les forces américaines.

Le calvaire n’est pas terminé, il faut manger et la chasse à l’homme continue. La jeune femme comprend qu’elle doit se transformer en garçon pour ne plus subir, Elle tente de retrouver sa mère et sa sœur en remontant vers le sud.

La survie est à ce prix. Elle s’empare de l’histoire de Yongmal décédée, retrouve son époux et va vivre sa vie par procuration. Le mari n ‘est pas dupe, mais ils sont heureux et adoptent la petite Mihee.

Je ne vais pas spoiler l’histoire si riche. A-t-on affaire à une fabulatrice ? Les anciens se donnent souvent des rôles plus avantageux avant de mourir, mais la biographe ne ressent pas cela. Il vous faudra attendre le dernier chapitre pour mesurer la pugnacité hors pair de Mook Miran.

Une belle découverte qui m’a permis de découvrir une histoire encore d’actualité et d’enrichir mes connaissances. Beaucoup d’émotions grâce à une écriture intime.

Merci aux Éditions Phébus et Babelio de m’avoir permis cette lecture en avant première.